En tant que professeur, une classe m’a marqué

Auteur Anonyme

C’était il y a vingt cinq ans. Tous les vendredis soir de 16 h 30 à 17 h 30, je retrouvais une classe de Terminale STG (maintenant STMG). La plupart de grands gaillards qui cherchaient à m’impressionner en venant réclamer des points du haut de leur 1,90 mètre. Ils me faisaient un peu peur mais je ne le leur disais pas. Certains sniffaient de la coke, d’autres avaient tellement fumé dans l’après midi qu’il me fallait les réveiller. La jeune fille devant moi était orpheline, vivait dans un foyer et était enceinte de son voisin de palier qui sortait de prison. Je sais, ça peu faire un peu Cosette mais ça existe encore. Pas un public très réceptif même si quelques élèves essayaient de travailler. Ils m’accueillaient toujours à cette heure en chantant “on est en weekend, on est en weekend, on est, on est, on est en weekend.

Ils m’énervaient mais je les aimais bien quand même. Ils étaient un peu rebelles et j’aimais ça. Et surtout, j’essayais de les comprendre et de les encourager du mieux possible. Ils avaient des capacités mais peu de méthode et surtout d’autres préoccupations. Pas facile. Il essayaient de me tenir tête et je leur tenais tête aussi tout en les respectant. Il leur était interdit de me dire qu’ils étaient nuls.

Un jour, je leur ai demandé de prendre une feuille pour faire le devoir prévu. Ils m’ont soutenu que je ne leur avais rien dit avant, que rien n’était prévu. J’ai tenté de les convaincre de se mettre au travail, mais rien à faire.

Et là, c’est parti tout seul. Et pourtant, je fais attention à mon vocabulaire en classe :

“Vous me prenez vraiment pour une conne !”

Ils n’ont rien dit, ont pris une feuille et ont fait leur devoir. Ils avaient dû voir qu’ils avaient dépassé les limites.

Au cours suivant, pas un bruit, ce qui, étant donnée la classe, était plutôt inquiétant. Tandis que j’écrivais la date au tableau, j’ai senti une présence dans mon dos. Je me suis retournée et là, j’ai vu le grand héron de la classe, un énorme bouquet de fleurs à la main.

“Mais c’est pour qui ?”

“Ben, c’est pour vous, madame, de la part de toute la classe”

“Mais pourquoi ?”

“Il y a une carte à l’intérieur”

J’ai tiré la carte de l’enveloppe et j’ai lu “Madame, on ne vous prend pas du tout pour ce que vous croyez, bien au contraire”.

Et là, la prof un peu (euphémisme) sensible qui jouait les gros bras pour ne pas se faire manger a senti les larmes lui monter aux yeux.

“Mais madame’ faut pas pleurer, c’est vrai, vous, vous nous comprenez”.

Rien que d’écrire cela vingt-cinq ans après, j’en suis encore tout émue.

C’étaient ces élèves de classes dites “moins prestigieuses” bien que ce sont eux qui faisaient ce genre de gestes et venaient nous remercier à l’issu des résultats du bac.

http://bit.ly/2Mv062c

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