Vous avez entendu accidentellement …

Auteur Lara B. Sharp

Bon…

Je marche seule vers une gare, dans un parking calme vers 9h30 du matin et trois hommes sont en train d’élaguer ou quelque chose comme ça dans l’enceinte de la gare.

Le gars dans la grue éteint sa tronçonneuse et me crie :

“Hé bébé ! Hé mignonne ! Souris ma jolie ! Yo, beauté, souris ! Hé bébé ! Hé p’tite beauté t’as fais ma matinée !”

Je l’ai regardé, lui ai fait de gros yeux et continué à marcher.

Je devais passer à côté d’eux pour atteindre la billetterie…

A mesure que je m’approchais il a commencé à hurler :

“Fais pas ta pute ! Je te dis juste que je te baiserais bien, bébé !”

Et là un autre gars sous la nacelle, peut-être à 3 mètres de moi :

“Hé ! je te baiserais aussi !”

Puis ils enchaînement tous deux avec :

“Qui tu voudrais baiser bébé ? Tu voudrais me baiser en premier pas vrai ?” alors que je regarde le troisième qui ne fait que me regarder timidement, sans rien dire.

Du coup je sors mon téléphone, m’avance vers les deux types au sol, sous le gars dans la grue qui hurle toujours la façon dont il allait me baiser… et prend une photo du nom de l’entreprise sur leur camion, de sa plaque d’immatriculation ainsi qu’une photo des deux mecs au sol et de celui dans la nacelle.

M. Timide me regarde, réalise ce que je fais et me dit :

“J’ai rien fait !”

Je lui colle mon téléphone à la figure et lui répond :

“Exact ! t’es juste resté là pendant que tes collègues harcelaient sexuellement une femme ! TU N’AS RIEN FAIT ! Laisse tomber mec !”

Je me suis dirigé vers la billetterie avec le gars de la grue qui criait “Je te baise, salope ! encore et encore !” tandis que je m’éloignais.

Je tremble et je suis à bout…

Je suis énervée et frustrée, et j’ai comme envie de pleurer…

La dame qui vend les billets voit que quelque chose ne va pas et me demande si je vais bien…

Je finis par tout lui raconter et lui montre les photos.

Elle attrape son téléphone et le signale à son supérieur puis me donne un numéro à appeler pour les plaintes liées à la gare car la société d’élagage est sous contrat avec la compagnie ferroviaire. Pour finir elle sort de son guichet et me fait un câlin.

J’attrape mon train et appelle. On me passe une femme à qui je raconte ce qui s’est passé. Elle est pleine de compassion et enregistre ma plainte.

Une demi-heure plus tard mon téléphone sonne. Ce sont deux hommes qui m’appellent en conférence.

Responsable de Quelquechose et Superviseur Untel…

Je me démène pour arriver à New York, j’ai plein de bagages et utilise donc des oreillettes. Chose que je ne fais normalement jamais… il gèle donc je porte des gants… Je finis par atteindre le bon bouton pour répondre…

Les deux hommes sont très professionnels et s’excusent platement. Ils m’assurent que l’un d’entre eux va s’adresser à ces hommes en personne juste après l’appel.

J’évoque les photos et il me demande de les lui envoyer. Je lui assure que je le ferai. Il m’envoie un sms car je n’ai pas de main libre pour noter quoi que ce soit et peux ainsi facilement les lui transmettre.

Je les remercie et raccroche mon téléphone en utilisant le bouton sur le câble de l’oreillette.

Mais ça ne raccroche pas, je les entends toujours…

Ils parlent encore. Je dis “Hello !”

Ils ne m’entendent pas…

Je ne peux pas sortir mon téléphone de ma poche car j’ai mes sacs…

J’essaie à nouveau de raccrocher, je n’arrive qu’à monter le son.

Je les écoute parler entre eux…

Mon téléphone est en mode muet et je ne peux pas enlever mes écouteurs, j’essaie d’appuyer sur les boutons du câble mais ça ce raccroche toujours pas…

L’un des hommes dit “J’y crois pas !”.

“- Moi non plus !” répond l’autre tandis que mon cœur s’emballe…

Là tout de suite je ne veux vraiment pas entendre ça… Je continue de presser frénétiquement le cordon de mes écouteurs, tout ce que je veux c’est ne pas entendre ça… Impossible d’écouter ça… J’en ai eu assez pour aujourd’hui… Mes mains commencent à trembler… Je tire d’un coup sec sur les écouteurs mais ils sont enroulés autour de mes oreilles… Je presse encore et encore les boutons, j’essaie de tout mettre sur Off ou de désactiver le mode muet… mais ça ne marche PAS …

Puis j’entends :

“- On les vire ou on les suspend ?

– T’es dingue ?

– Ouais t’as raison. Les femmes n’inventent pas des crasses pareilles. Ils sont à vomir. Tolérance zéro.

– Ça m’énerve qu’ils l’aient traitée comme ça. Qui parle à une femme comme ça ? Deux d’entre eux ont même des filles. C’est malin de sa part d’avoir pris des photos, j’espère qu’elle va les envoyer.

– Elle va le faire. Heureusement pour nous parce que maintenant on sait. Peut-être qu’ils parlent aussi mal à leur fille, t’en penses quoi ? De vrais porcs. Je vais archiver les photos. Tu me les vire tous les trois.

– Et quand ils signent les papiers de licenciement vérifions qu’ils marquent 2017 et pas 1917.”

Ils rient tous deux de façon un peu triste et mon téléphone devient silencieux.

Et je deviens silencieuse.

Avec des larmes de satisfaction dans les yeux.

Un des hommes de la compagnie m’a rappelé le jour suivant et m’a laissé un message disant “qu’une action sérieuse avait était entreprise” tout en me remerciant d’avoir déposé plainte.

Deux jours plus tard je suis repassé dans la même gare, j’ai marché à travers le même parking et me suis sentie vraiment nerveuse

Mais ça allait car une nouvelle compagnie d’élagage était présente.

Tout était calme. Tout était bien.

http://bit.ly/2mqC124

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