Une rencontre des plus émouvantes

Auteur Farimah Fiddy

Je suis rentrée à la maison à 1 heure du matin et je vois mon mari en train de boire un whisky avec un inconnu dans notre salon.

Je suis sortie après le travail avec des collègues. Très fatiguée, j’étais enfin rentrée à la maison, impatiente de me coucher aux côtés de mon mari, qui, j’en étais persuadée, était déjà profondément endormi.

Au lieu de cela, je suis entrée et je le trouve assis avec un homme qui ressemblait un peu à André Agassi à l’époque où il avait la tête rasée et une barbichette.

Quelle situation étrange. Pourquoi est-ce qu’il y avait un inconnu dans ma maison à 1 heure du matin alors que je voulais désespérément aller au lit ? Par respect pour mon mari et son nouvel ami, je devais rester éveillée et échanger des plaisanteries, ce que je n’étais pas d’humeur à faire.

Ils me regardèrent tous les deux dans un silence gêné, Agassi tenant son verre de whisky à quelques centimètres de sa bouche.

‘Bonsoir’, dis-je, hésitante, attendant une présentation ou une explication.

Ils n’ont rien dit. Ils ont juste souri comme deux idiots. J’avais l’impression d’avoir interrompu une sorte de réunion secrète.

‘Alors ? Que se passe-t-il ? ’ ai-je demandé, poliment.

Mon mari, toujours souriant, a déclaré : ‘Je me suis fait un nouvel ami au pub. C’est André Agassi ! ’

Très drôle. J’étais maintenant agacée. Il était tard et je devais me lever le lendemain pour aller au travail. Ce n’était pas le moment pour des manigances enfantines.

Ils ont continué avec leur comédie idiote et évasive un peu plus longtemps. Frustrée, j’ai annoncé que j’allais me coucher.

Agassi se leva et s’assit à côté de moi sur le canapé. Il m’a regardé intensément. Cela m’a rendu nerveuse. Je voulais vraiment le frapper.

Il mit la main dans sa poche arrière, sortit son portefeuille et y chercha quelque chose. Il a sorti une photo. ‘Je ne suis pas André Agassi, mais tu me connais.’

‘D’accord…’

‘La dernière fois que tu m’as vu, je ressemblais à ça.’ Il m’a montré une petite photo d’identité en noir et blanc de mon cousin Ali, à l’âge de 5 ans. Je ne l’avais ni vu, ni lui avait parlé depuis mon enfance.

À 12 ans, j’ai laissé toute ma famille derrière moi pour échapper à la révolution dans mon pays. Ma mère, quatre grands-parents, quatre tantes, trois oncles et cinq cousins. Nous étions une famille très unie. Toujours ensemble.

Mes parents étaient divorcés, mon père avait notre garde et il avait décidé de nous emmener mon frère et moi aux Etats-Unis, pour notre propre sécurité. C’était la bonne décision, mais cela impliquait de leur dire au revoir à tous.

Ça a été difficile. J’ai eu le mal du pays pendant longtemps et ils m’ont terriblement manqués. Ils venaient parfois à moi dans mes rêves, où nous étions joyeusement réunis. Je me réveillais de ces rêves dans un tel état. Heureuse, mais en larmes. Perdue.

Cependant, petit à petit, le fossé entre moi et mon ancienne vie s’est élargi et s’est apaisé. Les lettres et les appels téléphoniques se sont arrêtés. Finalement, alors que je plongeais dans ma nouvelle vie sur un autre continent, ils devinrent tous un lointain souvenir, enfermés dans cette boîte de moments affectueux dans le grenier de mon esprit. C’étaient des personnages d’une autre vie. Une vie qui n’existait plus.

Pendant environ vingt ans, je n’ai pas eu de famille. Je ne leur ai jamais parlé, ni parlé d’eux. C’était plus facile.

Ali était le bébé de notre famille à l’époque. Un adorable petit ange. Un jour on a pris une photo d’identité de lui. Il avait l’air si mignon dessus, son expression était si sérieuse, comme une personne face à l’Inquisition espagnole ! Cette photo est devenue une des photos favorites dans notre famille. Tout le monde en a eu un exemplaire pour la mettre sur son réfrigérateur, dans son portefeuille ou dans son album photo. J’en avais eu une aussi, que j’avais emportée quand j’ai quitté mon pays vingt ans plus tôt.

Et maintenant, voici cet homme adulte, assis sur mon canapé, tenant cette même photo d’identité devant mes yeux. Il savait que je la reconnaîtrais immédiatement.

Je n’ai pas dit un mot. Pas un seul.

Au lieu de cela, j’ai enfoui mon visage dans mes mains et j’ai juste sangloté. J’ai pleuré et pleuré. J’avais l’impression que mon cœur pouvait exploser. Honnêtement, je peux dire que, après la naissance de mon fils, ce fut le moment le plus émouvant de ma vie.

Ali et cette petite photo qu’il tenait représentaient mon ancienne vie, toute ma famille, mon histoire ! Et le voilà assis à quelques centimètres de moi.

Apparemment, mon mari était rentré du travail cet après-midi-là pour trouver un homme bizarre avec un sac à dos assis sur le pas de notre porte. Ali avait reçu mon adresse d’un autre membre de la famille et avait décidé de venir au Royaume-Uni, où je vis maintenant, et de me rendre une visite surprise. C’était avant l’époque des téléphones portables, mon mari ne pouvait pas me contacter pour me dire de rentrer à la maison rapidement.

Tout ce qu’ils pouvaient faire était d’attendre mon retour. Alors, ils sont allés au pub, ont bu beaucoup de whiskies et ont imaginé leur blague sur Agassi.

Quand je me suis enfin arrêtée de pleurer, nous nous sommes embrassés et nous nous sommes embrassés encore, nous avons parlé et nous avons ravivés nos souvenirs le reste de la matinée.

Soudain, un pont me reliait à eux à nouveau. Ils étaient tous réels, et non plus un conte de fées ou un souvenir vague.

Depuis, j’ai retrouvé plusieurs autres membres de ma famille, y compris ma mère. Mais aucunes autres retrouvailles ne m’a émue autant que celles avec Ali, parce qu’il était le premier. Il a ouvert la brèche.

Ajout : Quelques personnes ont insisté pour que j’intègre sa photo d’identité, ce que je peux faire avec l’aimable autorisation d’Ali.

http://bit.ly/2kZwaQQ

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