Devenir père

Auteur Xavier Bertrand

J’ai eu mon premier enfant il y a un mois et demi.

Au début, j’étais un peu perdu. L’accouchement avait été difficile, je n’avais pas dormi depuis 30h et ma compagne aussi (avec en plus pour elle les douleurs de l’accouchement, car la péridurale n’a plus fonctionné durant les dernières heures). J’ai quasi pas vu le bébé sortir, car j’essayais de soutenir ma compagne, et les sages femmes l’ont emmené de suite pour l’oxygéner un peu.

Et là, on m’appelle pour me montrer un petit bonhomme qui me regarde avec des grands yeux, sans pleurer. Il n’a pas pleuré le jour de l’accouchement, ni ensuite. C’est arrivé à la maison qu’il l’a fait.

Donc je me tiens, devant ce petit bonhomme, sans savoir réellement quoi penser. Je ne le connaissais pas, moi, ce bébé. Je ne l’avais pas senti bouger en moi, ressenti. J’avais préparé son arrivée, mais sans me rendre compte, sans réaliser réellement ce que cela impliquait.

On me fait m’assoir dans une chaise, retirer ma chemise, et on me le pose sur le torse. Et je lui parle, je lui dit que je le protégerai toute ma vie, même quand il sera chiant… Mais je réalise toujours pas. Trop crevé. Je lui chante une petite chanson que je chantais au ventre de ma compagne. Une chanson de marin… J’ai les yeux pleins de larme.

Puis on me le reprend, et je vais aider ma compagne, prévenir mes parents, ma famille. On me demande si je veux accompagner le petit qui doit aller dans une unité spéciale, vu que l’accouchement a été difficile. J’accepte. Et là encore, je me retrouve avec ce bébé qui me regarde sans me voir, je sais que ses yeux ne le permettent pas encore, mais qui est là. Je réalise qu’il est beau, qu’il est plus beau que n’importe qui sur terre. Il s’endors devant moi.

Je rejoins ma compagne, qu’on a monté dans sa chambre. Je suis épuisé et elle aussi. Je rentre chez nous, elle reste. Je lui dit que je reviendrai le lendemain. Il est 13h, je n’ai pas dormi depuis la veille 3h du mat’, je n’en peux plus. Mais je dois d’abord faire un allez-retour chez moi pour récupérer des affaires pour elle.

De retour à la maternité, mon fils est dans la chambre de ma chérie. Il dors. Il est toujours aussi beau. Je ne sais pas quoi ressentir. Je suis soulagé que la grossesse se soit achevée, mais je ne sais quoi faire de cet enfant, si petit, si fragile et si beau. Ce bébé est déjà tout, mais je ne le réalise pas encore.

Trois jours après, mes parents viennent pour m’aider à ramener l’enfant et sa mère chez nous. Je n’ai pas de voiture, donc je suis obligé de leur demander. Ils repartent le soir et alors commence une série de journées à la fois faites de routine et de découverte.

Routine, car biberon, caca, bain, dodo ; découvertes, car la même chose. On apprend chaque jour, on fait des erreurs.

Et ce bébé devient tout. Il devient non pas le centre de mon existence, mais le centre de mon amour. J’aime toujours autant ma compagne, mais ce bébé a multiplié la quantité d’amour que je pouvais donner à quelqu’un. Je ne divise pas mes sentiments, je les étends. Il est toujours aussi beau, il a toujours de si grands yeux qui me regarde dés que je lui parle.

Et il est l’être le plus important du monde.

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