Gagner envers et contre tout

Auteur Camilla Monk

Il y a maintenant presque six ans, fin aout 2013, je me suis assise devant mon clavier à Paris, et moi petite française, j’ai commencé à écrire un livre en anglais. J’étais, j’en suis persuadée aujourd’hui, catastrophiquement mauvaise mais j’ai continué, au fil des semaines, à tisser une histoire aux contours flous, qui prenait peu à peu forme devant moi. J’ai écrit cinq mille mots, dix mille, quinze mille, vingt mille… Arrivée à vingt mille, j’avais le début d’un roman et un synopsis rempli de chapitres vides : ce n’était à la fois rien du tout, et en meme temps bien trop pour abandonner.

Alors j’ai continué. Le soir après le boulot, pendant mes pauses déjeuner, la nuit, les weekends. J’ai écrit quarante deux versions de cette histoire, et au bout de six mois, j’ai commencé à partager mon roman désormais presque terminé avec une autre apprentie auteur, qui a fini par devenir une amie tres chère. Nous échangions nos chapitres, les corrigions mutuellement, et c’est elle la première qui m’a dit j’avais peut-être juste assez de talent pour chercher un agent pour mon livre.

Alors j’ai risqué mille dollars pour faire corriger et éditer mon manuscrit, et je me suis mise en quête d’un agent, méthodiquement. Je n’ai envoyé que six emails, mais après avoir soigneusement étudié les profils des agents que je sollicitais. En mai 2014, presque huit mois après avoir commencé à écrire, j’ai reçu une réponse positive d’une agente en Floride. Mon livre allait être envoyé a des éditeurs. J’ai peaufiné le manuscrit, rédigé le résumé d’un projet de série, commencé à écrire un autre livre, tout en patientant…

Trois mois plus tard, en août, une maison d’édition de taille moyenne a signé avec moi un contrat d’édition pour deux livres avec une avance de 15,000 dollars. Il est difficile de décrire la joie que j’ai ressenti, mais en gros quand mon agente m’a appelé au milieu de la nuit, pour cause de décalage horaire, je suis restée muette.

Sept mois plus tard, en mai 2015, mon premier livre est sorti. Personne n’avait jamais entendu parler de moi. Mon éditeur a fait la promotion du titre sur Amazon pendant environ une semaine. Les ventes ont commencé à monter, puis se sont effondrées, faute de support au-delà du bouche-à-oreille. Entre-temps, le deuxième livre de la série était terminé mais l’éditrice qui avait acheté ma série avait quitté la maison d’édition. La nouvelle éditrice, en vertu de notre contrat, a sorti le second livre, mais à l’issue de la collaboration la plus difficile et la plus frustrante de ma carrière professionnelle et, cette fois-ci sans le moindre effort de promotion. Les ventes ont été désastreuses ; Nous étions en février 2016, et l’éditrice qui avait évidemment pris sa décision depuis bien longtemps, a annoncé abandonner la série.

Les droits de mes deux premiers livres appartenant à ma maison d’édition, il paraissait impossible de poursuivre la série : il ne servait à rien de tenter de sortir un troisième livre alors que je n’aurais aucun contrôle sur le prix et le marketing des deux premiers, ni aucun support de l’éditeur. Mon rêve s’était transformé en cauchemar. J’étais en burn-out, cassée, en colère contre l’éditrice qui m’en avait fait voir de toutes les couleurs et avait tout tenté pour saboter la série, en tentant même à l’époque d’interdire que la couverture du second livre ne contienne le logo de la série.

Mais, au cours de ce voyage mouvementé, des passagers étaient montés dans mon navire : mes lecteurs. Peu nombreux, il est vrai : j’avais vendu à peine 10,000 copies, ce qui constituait un chiffre très mauvais aux yeux de mon éditrice. Mais ces passagers fidèles, enthousiastes, qui voulait la suite des aventures de mes personnages, m’écrivaient jour après jour pour me dire que mes livres étaient entrés dans leur vie, dans leur tête, et que ce monde que j’avais crée leur appartenait désormais aussi un peu.

Alors je me suis battue, à la française, en gueulant. J’ai mis en copie le top management de mon éditeur, révélé le travail désastreux fait par mon éditrice sur la production et le marketing du second livre, et j’ai menacé de raconter mon histoire a un journal avec lequel j’avais été en contact. Ma maison d’édition, qui n’était pas toute blanche (mais évidemment pas toute noire non plus !) et avait pour philosophie d’éviter la publicité, m’a offert le choix entre récupérer tous mes droits sur mes livres sans contrepartie et de façon immédiate, ou laisser mes droits chez eux avec la promesse d’une double promotion mirobolante. La confiance était brisée de mon côté, j’ai choisi de reprendre mes droits, certaine que le rêve était terminé, mais qu’au moins, le fruit de mon labeur m’appartiendrait.

Nous étions en mai 2016, un an après la sortie de mon premier livre. Et j’ai bien failli abandonner. Mais j’ai continué. Après un processus de récriture douloureux, mon mari et moi avons investi 15,000 dollars de notre poche pour faire réenregistrer les deux premiers audiobooks de ma série, faire éditer professionnellement et enregistrer également en audiobook le troisième livre. J’ai dessiné et crée mes propres couvertures, refait mon site web et géré tout mon marketing pour ressortir les deux premiers livres en autopublication. Enfin, le 30 Novembre 2016, le troisième livre de ma série est sorti.

Et là, les ventes ont commencé à grimper. Je n’avais aucune publicité, mais les lecteurs recommandaient ma série par le bouche-à-oreille, sur Goodreads, Facebook, Twitter, sur des blogs… Quant aux audiobooks qui nous avaient couté si cher à réenregistrer, il se sont transformés en mine d’or : la ou mon éditeur ne me versait que 84 cents par vente, en autopublication je touchais presque 5 dollars !

Puis, en décembre 2016 est arrivé un évènement qui allait tout changer dans ma vie : j’ai eu un Bookbub. Juste un, pendant une journée. Mes ventes sont passées de 500 a 5K dollars par mois. J’ai sorti en Mai 2017 le quatrième livre de ma série, puis une nouvelle en Juillet. J’ai gagné 71K dollars de royautés pour l’année 2017, 50K en 2018. Je vivais à présent, et continue de vivre de mes livres.

Mon nom est Camilla Monk, et ce premier livre s’appelait Spotless. Mon éditeur avait vendu 10,000 livres, j’en ai vendu 110,000 de plus, toute seule comme une grande.

Écrire ce livre est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée (après la rencontre de mon mari, mais c’est une autre histoire !), et ce soir, alors que je m’apprête à sortir un nouveau livre qui a été rejeté par douze maisons d’édition différentes au cours de l’année 2018, que je dois boucler le 5ème livre de ma première série, et avancer sur la traduction française de celle-ci, j’avais besoin de me rappeler pourquoi je fais tout ça. Parce que mes livres sont la choses la plus importante que j’ai accomplie dans ma vie, même si personne en France ne sait qu’il y a désormais à Montréal une petite française qui a vendu plus de 120,000 bouquins en autoédition. Je remercie du fond du cœur la personne qui a posé cette question sur Quora, pour m’avoir permis de partager mon aventure avec vous.

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