Le bébé perdu

Le bébé perdu

Auteur Cate Cook

La chose la plus étrange que j’ai trouvé dans un chambre d’hôtel est un bébé.

Oui, un petit bébé qui dormait dans le lit de notre hôtel.

Mais la chère petite créature a failli me faire arrêter et gâcher nos vacances.

Il était environ 17h30. On était arrivés à notre hôtel pour cinq jours de vacances. On s’était enregistrés à la réception et on nous avait donné la carte de notre chambre.

A noter qu’on était dans un pays hispanophone. Je ne parle pas espagnol et la jeune femme de la réception parlait très peu anglais, mais ça n’a pas posé de problème pour le check-in.

On a trouvé notre chambre, ouvert la porte et on est tombés sur un tout petit bébé qui dormait au milieu du lit.

Au début, je pensais que c’était une grosse poupée, avec ses petits cheveux blonds et ses joues roses. Ses yeux étaient fermés et elle était totalement immobile. Je me suis approché, j’ai caressé doucement sa joue et j’ai réalisé qu’elle respirait. C’était un bébé minuscule, âgé d’environ 2 mois probablement.

Une fois le choc passé, j’ai pris le téléphone et j’ai composé le «0» pour parler à la réception.

Moi : “Ici Mme Cook, de la chambre 127. Il y a un bébé dans notre lit.”

Réceptionniste : “Un bébé ? Ah, vous voulez un lit pour bébé ? Je vais vous en chercher un ?”

Moi : “Non, ce n’est pas notre bébé. C’est celui de quelqu’un d’autre.”

Réceptionniste : “Ah, vous voulez un lit pour le bébé d’un ami ?”

Moi :”Non, on ne connaît pas ce bébé. Il ne devrait pas être dans notre chambre. Vous devez trouver la mère du bébé.”

Réceptionniste : “Vous avez besoin de la maman du bébé ?”

Moi : “Oui. On vient de trouver ce bébé endormi sur notre lit. Ce n’est pas notre bébé, donc vous devez savoir qui l’a laissé dans notre chambre.”

Silence de la réceptionniste. À ce stade, le bébé commençait à s’agiter et à faire des petits bruits.

Moi : “Vous devez trouver la mère du bébé et lui demander de venir la chercher immédiatement. Elle se réveille maintenant.”

Réceptionniste : “Moi téléphoner à la maman du bébé ?”

Moi : “Oui. Y a-t-il quelqu’un d’autre qui parle anglais ? C’est urgent !”

Réceptionniste : “Personne ici. Bébé anglais a urgence ? Moi appeler un médecin ?”

Moi : “Non, le bébé est juste perdu. Il a besoin de sa mère. Trouvez la mère et dites-lui de venir à la chambre 127 chercher son bébé.”

Réceptionniste : “Bébé malade ? J’appelle un docteur ?”

À ce stade, le bébé s’est complètement réveillé et commence à pleurer.

Moi (en parlant très lentement) : “Bébé pas malade. Bébé a faim et a besoin de lait. Maman a laissé bébé dans notre chambre. Maman a perdu son bébé. Je ne suis pas sa maman. Je ne sais pas qui est sa maman. S’il vous plaît, quelqu’un peut-il venir chercher le bébé ?”

Réceptionniste : “Maman a laissé bébé sans lait alors bébé malade ?”

Moi (frustrée) : “Puis-je parler au directeur ? Il y a un bébé perdu dans notre chambre et nous avons besoin d’aide de toute urgence.”

Réceptionniste : “Aide d’urgence pour bébé malade ?”

Moi : “Oui. Appelez le directeur. C’est urgent. Nous avons un bébé abandonné qui a besoin d’être nourri maintenant.”

Réceptionniste : “Moi, appelez urgence pour bébé malade ?”

Moi : “Oui, appelez tout de suite. C’est urgent.”

À présent le bébé commençait à crier fort et à gigoter avec ses petits bras et ses petites jambes. J’ai raccroché et j’ai pris le bébé, en lui tapotant le dos et en le réconfortant sur mon épaule. Sa couverture était humide et il y avait une tache au milieu du lit. J’ai donné le bébé qui criait à mon mari et je lui ai demandé de le tenir une minute.

Je suis allée dans la salle de bain et je me suis bien lavé les mains, car je voyageais depuis des heures et je me sentais sale. Je suis retournée dans la chambre, j’ai pris le bébé des mains de mon mari et j’ai doucement mis mon petit doigt dans sa bouche. Elle a commencé à sucer mon doigt vigoureusement.

On a décidé d’amener le bébé à la réception, alors on a pris notre clé et on est sortis dans le couloir. En arrière-plan, on pouvait entendre des sirènes, mais on n’y a pas fait attention.

En sortant de l’ascenseur et en allant vers la réception, j’ai vu un jeune homme bien habillé d’une vingtaine d’années qui était au bureau. Je me suis approché de lui et lui ai demandé s’il parlait anglais. J’ai été très soulagée quand il m’a répondu oui. Je lui ai expliqué qu’on avait trouvé ce bébé dans notre chambre d’hôtel. Il ne nous appartenait pas et on pensait qu’il avait été abandonné par sa mère. Je lui ai demandé d’expliquer ça à la réceptionniste. Il lui a parlé en espagnol et j’ai vu son visage soulagé lorsqu’elle a réalisé que le bébé n’était pas en danger.

J’ai porté le bébé affolé dans un endroit frais et calme de la réception et j’ai essayé de le réconforter. J’ai encore utilisé le truc du “petit doigt dans la bouche”, qui a arrêté le bruit pendant quelques minutes. Pendant ce temps, mon mari, le traducteur et la réceptionniste étaient en pleine conversation.

Soudain, les portes de l’hôtel se sont ouvertes et quatre hommes de grande taille sont rentrés, vêtus d’uniformes verts d’apparence officielle. J’ai remarqué les armes dans leurs étuis et les matraques à leur ceinture. J’ai commencé à avoir un peu peur.

Deux des hommes m’ont remarqué, assiss tranquillement dans un coin. Ils sont venus vers moi et ont arraché le bébé de mes bras. Un des hommes m’a saisi, m’a retourné, m’a mis les mains dans le dos et m’a menotté.

Les deux autres policiers se sont approchés du comptoir où mon mari et le traducteur étaient, frappés de silence et de stupéfaction alors qu’ils m’avaient vu me faire menotter. Puis ils se sont mis à s’écrier en même temps, en expliquant qu’il y avait erreur et que je ne devais pas être arrêtée, que j’essayais seulement d’aider un bébé perdu.

C’est alors qu’un autre homme vêtu d’un costume et portant une mallette noire s’est précipité à l’hôtel, suivi d’une jeune fille qui portait un uniforme de femme de ménage. Elle avait les larmes aux yeux. J’étais toujours plaquée et menottée contre le mur.

Plus tard, l’agréable jeune homme, notre traducteur, m’a raconté toute l’histoire. Il se trouve que le bébé appartenait à la jeune femme de ménage qui avait commencé à travailler à l’hôtel la semaine précédente. La direction ignorait qu’elle avait un jeune bébé. Sa nourrice avait eu un empêchement de dernière minute, alors elle a dû amener son bébé au travail. Elle l’avait nourri puis l’avait laissé dormir dans ce qu’elle pensait être une chambre vacante, puis elle a commencé ses rondes de nettoyage.

Mais étant nouvelle et peu familière avec le grand hôtel, elle était un peu perdue et pensait à tort qu’elle avait laissé son bébé dans la chambre 227, à l’étage au-dessus du nôtre. Quand elle est allée voir son bébé 30 minutes plus tard et qu’elle a trouvé la pièce vide, elle a paniqué. Elle avait peur du directeur de l’hôtel – son patron – et ne voulait pas perdre son emploi, donc elle a appelé sa sœur, qui a appelé la police. Elle avait rencontré la police dès leur arrivée sur le parking de l’hôtel.

L’homme en costume était en fait le médecin qui avait été appelé par la réceptionniste pour s’occuper d’un bébé malade. Il a pris le bébé des bras du policier et l’a remis à la mère soulagée, qui pleurait toujours abondamment. Ensuite, le traducteur et mon mari sont venus à moi, car j’étais toujours menottée et ils ont exigé ma libération.

Peu de temps après, le directeur de l’hôtel est arrivé et fut informé par la police, la réceptionniste et le traducteur. La jeune fille était assise dans un coin en train d’allaiter son bébé qui pleurait toujours.

A cause de tout ça, le responsable nous a proposé une chambre de classe supérieure, ainsi que des repas et des boissons gratuits pour la durée de notre séjour. Il s’est platement excusé. J’ai également reçu des excuses de la part de l’officier de police qui m’avait menotté.

J’étais très inquiète pour la jeune femme de ménage. Elle avait l’air de n’avoir même pas 20 ans, elle pleurait avec son bébé dans un coin depuis une heure alors qu’on réglait la situation avec la police.

J’ai parlé au directeur de l’hôtel et lui ai demandé de ne pas licencier la femme de ménagem et de comprendre qu’elle faisait juste de son mieux pour subvenir aux besoins de son bébé. Il m’a écouté avec un visage de marbre et n’a fait aucun commentaire.

Le lendemain, on nous a demandé de nous rendre au poste de police local pour signer des déclarations de témoins. On y a été conduits par le chauffeur de l’hôtel, qui parlait bien anglais et nous a expliqué ce que la police nous demandait de signer. C’était une déclaration qui détaillait ce qui s’était passé, et qui indiquait que nous ne voulions pas que d’autres mesures soient prises.

Sur le chemin du retour, j’ai demandé au chauffeur de nous emmener dans un magasin qui vendait des articles pour bébés. J’ai acheté des chaussures, une veste rose et une jolie couverture pour bébé. Je les ai fait emballer dans un paquet cadeau.

Le lendemain soir, j’ai demandé au nouveau réceptionniste – qui parlait assez bien anglais – si la femme de ménage était de service et j’ai dit que je voulais lui parler. La jeune fille est apparue au bureau cinq minutes plus tard, mais elle n’a pas voulu me regarder dans les yeux et semblait toujours très contrariée. Ses yeux étaient rouges et je pense qu’elle avait pleuré. Elle avait l’air si jeune et vulnérable.

Je lui ai donné mon paquet et une enveloppe contenant une liasse de billets, équivalente à 100 dollars australiens. J’ai demandé au réceptionniste de traduire et de lui dire que je n’étais pas fâchée contre elle, que j’étais sûre qu’elle était une bonne maman et je voulais qu’elle accepte ce cadeau pour son bébé. Je lui ai dit que le directeur de l’hôtel m’avait promis qu’il ne la licencierait pas et qu’elle garderait son travail. Au dos de l’enveloppe, j’avais écrit mon nom, mon numéro de téléphone et mon email.

J’ai demandé au réceptionniste de lui traduire : «Voici mes coordonnées. Appelez-moi si vous avez des problèmes ou si vous avez besoin d’aide.» Elle a ouvert le cadeau et quand elle a vu les cadeaux pour bébé, elle s’est fendue d’un grand sourire. Je lui ai fais signe d’ouvrir l’enveloppe, et quand elle a vu la liasse de billets, j’ai cru qu’elle allait s’évanouir ! Elle m’a embrassée pleine de gratitude et encore aujourd’hui je me souviens de son sourire – mais je n’ai plus jamais entendu parler d’elle.

Plus tard, le réceptionniste m’a dit que je lui avais donné bien plus d’argent que ce qu’elle gagnait pour deux mois de nettoyage. J’étais absolument choquée et j’aurais voulu lui donner beaucoup plus – car ça ne représentait que le coût d’un jour en repas et boissons pour mon mari et moi – d’autant qu’on nous avait accordé cinq jours gratuits. J’ai appris beaucoup sur les inégalités ce jour-là.

C’est ainsi que la chose la plus étrange que j’ai jamais trouvée dans une chambre d’hôtel a fait que j’ai presque été arrêtée par la police.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s