L’entraînement militaire

Auteur Sébastien Vogt

Ce n’était pas hilarant à proprement parler, enfin c’était surtout du comique de situation mais chaque fois que j’y repense et que je revois la scène je pouffe.

En ces temps reculées, j’étais encore marsouin. Nous nous entrainions non loin de la caserne, à Fréjus dans un terrain que nous appelions les terres gastes (ne me demandez pas d’où vient ce nom, ni même si c’est le vrai nom).

En gros c’est un terrain un peu vallonné, traversé de quelques chemins empruntés aussi bien par des civils que par des militaires. C’est là qu’on fait les footing le matin, c’est là qu’on tente nos premiers tours en P4 alors qu’on n’a pas encore le permis mais qu’on veut essayer, c’est là qu’on fait les premiers bivouacs pendant les classes, c’est là où on s’entraine à patrouiller, c’est là qu’on fabrique de faux check-point pour contrôler de faux terroristes dans de vrais vieilles bagnoles… La végétation y est encore assez basse. Il y a eu de grands incendies à Fréjus dans les années 80 (1981 ou 1982 je crois pour les habitants du coin) et toute cette zone avait été entièrement brûlée. Du coup 20-25 ans après la nature reprenais petit à petit ses droits avec pas mal de « kékés », des p’tits buissons qui piquent de partout, de la broussaille, quelques touffes d’herbes…

Nous étions en train de nous « entrainer au combat », terme qui fait peut-être rêver certains civils mais qui est en réalité extrêmement ennuyeux. Vous avez vu cette scène dans Forrest Gump quand ils marchent tous en file indienne, le Lieutenant Dan en tête qui d’un coup lève son poing ? Tout le monde se jette à plat ventre de part et d’autre de la piste, tout le monde se regarde, personne ne sait ce qu’il se passe et le mot d’ordre « couchez-vous, fermez-là » circule le long de la colonne. Vous avez bien cette scène en tête ? C’est à cela que ressemblait notre entrainement. On marchait en plein cagnard le long d’un chemin de terre. La sueur qui pique les yeux, le camouflage qui coule petit à petit, le poids insupportable du casque en métal qui fait frire le crâne, la sangle de l’arme qui vous cisaille l’épaule, la gourde vide depuis longtemps…la côte d’Azur en été c’est bien seulement pour les touristes ! Bref je m’en foutais vraiment de cet entraînement, de cette fausse reconnaissance, où on devait faire semblant de bien regarder devant nous au cas ou il y ait des mines, de bien regarder au loin au cas ou il y ait des méchants, de bien parler par signe au cas où les méchants nous écoutent et de bien progresser en boule de billard ou en perroquet à chaque passage d’une foutue clairière.

A un moment, tout mon groupe est accroupi dans le fossé au bord du chemin pour je ne sais quelle raison (j’avais éteint ma radio pour économiser les piles, si l’autre chef d’équipe voulait me parler il m’envoyait un texto, je ne pense pas qu’à Fréjus utiliser un réseau chiffré était absolument nécessaire), j’entend ce bruit distinctif d’un mec qui tape sur son casque. Je lève la tête, à quelque mètre devant moi l’un de mes gars lève un doigt. Le signal pour dire qu’on appelle son chef d’équipe pour lui rendre compte d’un truc. Je lui fais signe qu’il a toute mon attention, enfin toute l’attention dont j’étais capable. Je m’attendais à une connerie du style « clairière sur la droite, couvrez-moi » ou au pire « j’ai envie de pisser attendez moi » (oui, on a aussi des signes pour se dire ce genre de choses !). Au lieu de cela je le vois sortir une grenade et l’agiter en l’air, puis la ranger et faire une espèce de mimique comme s’il tenait des rennes et galopait. Là pour le coup…je n’ai pas compris. Il recommence. Je commence à sourire parce qu’il était vraiment ridicule. Si vous aviez vu cette scène. Et ce message en boucle : la grenade et le galop. J’allume ma radio et lui fait signe de me parler dessus

-…ral…bom…val… »

Matériel français, liaison pourrie, même à 10 mètres. Finalement il s’énerve et met ses mains en porte-voix…enfin.

-Caporal ! Y a une putain de bombe sur un cheval ! »

J’ai mis 2 secondes à comprendre, en fait je n’ai vraiment compris qu’en tournant la tête. Sur la piste il y avait une civile qui faisait une ballade à cheval. Plutôt jolie il est vrai. Voilà ce qu’il essayait de me mimer. Le truc drôle c’est que quand il a décidé de me le gueuler (et pour le coup c’est bon toute la section a bien reçu tellement il a braillé), ladite cavalière était juste à côté de moi ! Je n’avais rien demandé à personne et c’est moi qui avait l’air con. J’ai bien dit un petit « désolé » à la cavalière mais elle m’avait déjà mis dans la case « militaire relou », ce n’était plus la peine d’insister.

Des mois après, le fait de sortir une grenade et de l’agiter nous faisait encore tous marrer. Et quand je revois encore Jérémy mimer son cheval ! Que c’était drôle. Nous n’avons par contre jamais revu la cavalière, elle a dû trouver un autre secteur pour se balader, loin des marsouins du 21…et elle avait bien raison !

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