Deux vies

Enfant, j’étais active. J’aimais faire des acrobaties, j’aimais danser et grimper. L’arrière des escaliers me permettait de monter la tête en bas tandis que mes jambes me tenaient. J’allais d’un bout à l’autre de la maison simplement pour bien courir, sauter et faire une cabriole.

À l’âge de 7 ans, je me suis mesurée à un camion en marche. Il y avait beaucoup de circulation, mais je devais traverser la rue parce qu’un danger venait derrière moi. Le camion a eu le dessus et j’ai pris le dessous.

L’année suivante a été la plus ennuyeuse de ma vie. Pas de visite, pas d’école, pas de jeu, et les autres malades étaient trop faibles pour être des enfants.

Il y avait une bibliothèque. J’ai lu toute la collection de la comtesse de Segur.

J’avais des béquilles. Je montais et descendais les escaliers 2 marches à la fois. J’ai couru (toute seule) dans le couloir. Les béquilles étaient mes pieds, ils ont dansé et ont couru avec moi.

Près d’un an plus tard et un pied amoché, j’ai repris ma vie d’enfant. À la maison, je n’étais ni plus ni moins que moi et aucun passe-droit ne m’a été accordé à cause de mon statut… Quel statut ???

Le temps a passé, j’ai marché avec mon sac à dos pendant trois mois en Europe, j’ai dansé, j’ai escaladé le mont Saint-Grégoire, j’ai fait du ski alpin et du ski de fond, j’ai patiné sur la glace et à roues alignées, j’ai joué au badminton et au volleyball. J’ai fait tout et n’importe quoi jusqu’à ce que, à vingt ans, je décide de ralentir quand mon pied faisait mal. Le ralentissement s’est fait doucement et surement. En 2005 j’était plutôt arrêtée.

Après avoir essayé toutes les solutions médicales sans succès, un médecin a finalement révélé que l’amputation serait plus fonctionnelle pour moi, j’ai osé faire face à l’idée qui me chatouillait depuis des centaines de lunes. Faites le calcul, la première moitié de ma vie était derrière moi.

L’idée a fait son chemin, fermement ancrée. J’étais fébrile à l’idée d’un changement. De toute façon, cela ne pourrait pas être bien pire. En deux temps trois mouvements voilà, c’était fini. Tout ce qui restait à faire était de coudre et de dire au revoir.

Seulement 10 jours après l’opération, j’étais debout. Sur un pied mais debout et prête à conquérir le monde. Cependant, quelque chose manquait dans l’équation. C’était la douleur. La douleur et l’anxiété de la ressentir comme toujours à chaque pas. Fini. Il n’y en avait plus. Tous les souvenirs des difficultés rencontrées depuis l’accident ont refait surface. Tous à la fois … Le chaos.

La réhabilitation a orienté mes énergies vers ma seconde vie, une vie où la douleur n’est plus nécessaire. Une vie qui n’est pas organisée autour de mon handicap. Une vie libre où tout est possible.

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